À 28 ans, Johannes Reinhard avait été élu au comité de la SFO en 2011 – à l’époque encore membre de l’Orchestre symphonique de jeunes Arabesque à Thoune, il avait repris le ressort « orchestres de jeunes ». Deux ans plus tard déjà, il devenait président de la SFO.
Pendant 15 ans, Johannes Reinhard s’est engagé sans relâche en faveur des orchestres amateurs et de jeunes en Suisse, en faisant notamment progresser de manière décisive la mise en réseau avec d’autres associations culturelles amateurs. Lors de l’assemblée des délégués de juin 2026 à Rapperswil, il a quitté ses fonctions et a transmis symboliquement la cloche de la SFO à son successeur Stephan Matter.
Au cours de ces 15 années, Johannes Reinhard n’a pas seulement évolué personnellement – passant de jeune diplômé vivant en colocation à père de famille, professionnel expérimenté et responsable associatif bien intégré à l’échelle européenne – mais le monde a lui aussi profondément changé. Nous avons évoqué avec lui les temps forts et les défis de son long mandat.
Johannes Reinhard, après 15 années d’engagement intense pour la SFO, tu as quitté la présidence lors de l’assemblée des délégués 2026. Comment te sens-tu quelques jours après avoir quitté tes fonctions ?
Pas très différent d’avant. Le grand « vide », dont on parle parfois après ce type de départ, ne s’est en tout cas pas encore manifesté. Peut-être viendra-t-il avec un peu de décalage.
Quels moments forts retiens-tu ? Qu’a accompli la fédération sous ta direction ? De quoi es-tu le plus fier ?
Nous avons pu célébrer en 2018 un magnifique centenaire et offrir à nos membres un grand festival orchestral à Aarau, avec un superbe bouquet musical. Pas moins de 25 orchestres – soit un sur huit dans la fédération ! – y ont participé avec leur programme de concert. Cela reste sans doute l’un des temps forts de mon mandat.
Nous avons également réussi en 2012 et 2018 à participer aux festivals européens d’orchestres à Tallinn (Estonie) et à Bergen (Norvège) avec nos propres orchestres de projet de la SFO. En 2022, nous avons organisé, à l’occasion du festival de l’EOFed à Plovdiv, un magnifique voyage culturel en Bulgarie incluant la participation au festival. Et en 2025, à Avignon, la SFO était particulièrement bien représentée, avec trois orchestres complets et un groupe de participant·e·s individuel·le·s – la plus grande délégation de musicien·ne·s parmi tous les pays présents.
Je suis également fier de l’engagement de la SFO en 2012 dans la campagne pour l’article constitutionnel 67a sur la formation musicale. Environ 60 % des orchestres membres ont versé, en plus de leur cotisation annuelle, cinq francs par personne, ce qui a permis de réunir 17 000 francs pour soutenir la campagne. Le vote populaire a été remporté avec un impressionnant 72,7 % de « oui ». La SFO a joué un rôle notable dans ce succès. Dans les années suivantes, elle a été fortement impliquée dans la mise en place du programme Jeunesse+Musique.
Je me réjouis également du fait que, malgré une tendance générale à la baisse dans la musique amateur, nous ayons réussi à maintenir un effectif de membres très stable – et même à compenser le creux lié à la pandémie.
Je perçois la communauté de la SFO comme très fidèle. Les personnes que nous avons su convaincre participent régulièrement à nos activités – aux assemblées, aux festivals européens, à divers événements. Cela me rend fier.
Quels ont été les principaux défis durant ces 15 années ?
La Revue musicale suisse – organe officiel de la SFO jusqu’à fin 2025 – a été un sujet récurrent pendant mon mandat. D’abord, l’association éditrice a dû cesser ses activités en raison de la baisse des recettes publicitaires, puis les éditeurs ont changé à plusieurs reprises et le rythme de parution a été constamment réduit. Finalement, la SFO s’est vue contrainte de changer de support de communication.
Un autre défi de longue date reste la bibliothèque de partitions de la SFO. Il s’agit d’une offre de grande qualité, parfaitement adaptée à nos orchestres – j’en suis toujours convaincu. Mais malgré divers efforts pour relancer son utilisation après la pandémie, le nombre de prêts diminue. Il s’agit donc aussi de trouver une voie vers l’avenir numérique.
Qu’est-ce qui a changé durant cette période, tant chez les orchestres membres que dans le paysage culturel suisse ? Quelles évolutions majeures as-tu observées ?
Les grandes tendances de la société, notamment la numérisation, ont également transformé la scène des orchestres amateurs. Avec l’omniprésence des réseaux sociaux aujourd’hui, tout est devenu beaucoup plus rapide. Certains orchestres utilisent ces plateformes de manière très efficace et créative pour se présenter et faire leur promotion – ce qui était encore rare il y a 15 ans. Par ailleurs, de plus en plus de musicien·ne·s jouent désormais sur iPad plutôt qu’avec des partitions papier traditionnelles. Du côté de la communication de la SFO aussi, le passage du format imprimé au numérique s’est imposé.
Le mode de répétition a également évolué. Autrefois, il était courant de répéter une fois par semaine et de donner deux concerts par an. Si certains orchestres fonctionnent encore ainsi, on observe aujourd’hui un recours croissant à des formats de projet – selon le principe « intensif mais de courte durée ».
Les assemblées des délégués ont elles aussi changé. À l’époque, il s’agissait parfois de manifestations sur deux jours, incluant ce que la SFO appelait des « ateliers orchestraux ». Nous avons toutefois constaté que nos membres ne ressentaient pas forcément le besoin de faire de la musique dans le cadre de l’assemblée. Depuis quelques années, nous proposons plutôt des formations autour de la gestion d’orchestre – avec un certain succès.
Un mandat au comité demande beaucoup de temps, en particulier la présidence. Comment comptes-tu utiliser ce temps nouvellement disponible ?
J’espère pouvoir refaire davantage de musique moi-même. Cela a clairement été un peu négligé ces derniers temps. J’aimerais aussi retourner plus souvent en montagne. Et puis, ce genre d’engagement finit souvent par revenir de lui-même… On verra bien ce que l’avenir me réserve à ce niveau.
Que souhaites-tu à la SFO pour l’avenir ? Où la fédération doit-elle poursuivre ses efforts et où peut-elle faire la différence ? Quel conseil donnes-tu à ton successeur Stephan Matter ?
Je souhaite à la SFO de relever avec courage et agilité les défis actuels. La stabilité de notre nombre de membres montre que la fédération est sur la bonne voie.
Il me paraît essentiel que les associations culturelles amateurs parviennent à formuler des positions communes et à les défendre avec force sur le plan politique et dans l’espace public. Nous représentons une grande communauté – et donc une réelle force.
Je ne me permettrai pas de donner des conseils précis à mon successeur Stephan Matter. Il connaît très bien notre communauté, grâce à sa propre expérience de musicien, aux rencontres de réseautage et à son sens de l’observation. Je me réjouis des nouvelles impulsions qu’il apportera à la fédération.
Merci beaucoup, cher Johannes, pour ces réponses passionnantes. Nous te remercions surtout très chaleureusement pour ton immense engagement et la passion avec laquelle tu as dirigé la SFO toutes ces années. Nous te souhaitons tout le meilleur pour l’avenir – sur les plans musical, personnel et professionnel – et espérons recroiser ton chemin. En tant que nouveau membre d’honneur, tu resteras heureusement lié à la SFO.
Bernadette Wiederkehr (après 15 ans de mandat, vice-présidente et coorganisatrice de l’AD), Miriam Schild (après 11 ans, responsable de la communication et rédactrice de la SFO à la Revue musicale suisse, auteure de cet article) et Lena Ruoss (après quatre ans, juriste de la fédération et coorganisatrice de l’AD) ont elles aussi quitté leurs fonctions lors de l’assemblée des délégués 2026. Johannes Reinhard a rendu hommage aux trois autres membres sortantes par une laudatio personnelle, saluant leur engagement de longue date en faveur de la fédération.
Les quatre membres du comité sortants ont enfin été remerciés pour leur précieux engagement à l’aide de cadeaux soigneusement choisis – dont notamment une planche à découper de la SFO en bois suisse. Johannes Reinhard, Bernadette Wiederkehr et Miriam Schild ont en outre été nommés membres d’honneur de la SFO.